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19/11/2008

Après l’incendie, la navette du reclassement

« Après l’incendie, le tri c’est déjà reparti ». L’affiche de 14 mètres de long placardée sur la façade de Triselec à Halluin annonce l’objectif de l’entreprise : poursuivre l’activité.

Continuer le travail malgré l’incendie du 22 octobre qui a ravagé un tiers des bâtiments de ce centre de tri des déchets. « Il a été important pour nous de ne laisser personne sans emploi », explique Patrick Vandamme, directeur de la production à Triselec. Pas de chômage technique donc pour les 200 employés de l’entreprise.

Si une dizaine de salariés continuent de travailler sur le site d’Halluin, les autres ont été reclassés dans deux centres de tri de la métropole lilloise : au Port fluvial à Lille, et à Seclin. Pour faciliter le transfert de ces salariés vers leurs nouveaux lieux de travail, des navettes ont été mises en place par la direction.

Des navettes et des rencontres

Ce mercredi 5 novembre à 12h45, dix-huit salariés attendent la navette pour Lille devant l’entrée de Triselec. « Personne ne doit être en retard car le trajet en bus est compté dans le temps de travail », confie Raphael, chef d’équipe à Triselec. Le bus part donc à l’heure dans une ambiance très conviviale. Jean-Marie, Rachid, Anne-Marie, Azzedine et les autres profitent du trajet pour faire connaissance et plaisanter. « Le côté positif de cet incendie, c’est qu’on peut rencontrer des salariés qu’on avait pas l’occasion de croiser avant », se réjouit Josiane.

Les vingt minutes de trajet permettent à chacun de revenir sur cette situation exceptionnelle. Stéphane, tuteur et formateur des nouveaux salariés, applaudit la réactivité des dirigeants de l’entreprise : « Le feu s’est déclenché le mercredi, et dès le vendredi, le système de navette a été mis en place. Des réunions ont eu lieu pour organiser rapidement la répartition des salariés d’Halluin. »

Une habitude à prendre

Azzedine est lui aussi heureux de ne pas avoir perdu son emploi, mais il reconnaît : « C’est difficile de s’adapter du jour au lendemain à de nouvelles contraintes horaires et à de nouvelles façons de travailler. » Quelques détails déstabilisent les salariés: « Par exemple à Halluin, on allait aux toilettes librement, alors qu’à Lille, on doit être accompagné par le chef d’équipe », explique Stéphane. L’ensemble des salariés présents dans le bus parlent d’une ambiance plus stricte et moins familiale au centre de tri du Port fluvial, inauguré le 30 novembre 2007.

De leur côté, les employés de Triselec à Lille ont dû faire face à l’arrivée de nouvelles équipes. « Nous avons doublé nos effectifs et notre vitesse de travail. Nous devons aujourd’hui gérer 2300 tonnes de déchets par semaine, contre 1100 avant l’incendie », déclare Ibrahim, chef de production à Triselec Lille.

Mais cette situation est temporaire. Les travaux de reconstruction du centre d’Halluin devraient durer un an et le montant des dégâts est estimé à 15 millions d’euros. Rachid travaillait à Triselec Halluin depuis six ans : « Je suis attaché au site et j’ai vraiment hâte que tout redevienne comme avant. »

Virginie Charpenet et Damien Deparnay

04/11/2008

L'Edhec ne connaît pas la crise

Dans les locaux imposants de l'Edhec, l’une des plus prestigieuses écoles de commerce de Lille, la crise financière actuelle ne semble qu'une rumeur lointaine. Ici, les étudiants s'habillent en Prada, les écrans s'illuminent de slogans et publicités pour vanter les mérites de la 'business school'. Alors que les bourses restent fébriles et que la récession menace plusieurs pays, à l'Edhec on temporise. « C'est un problème d'ordre conjoncturel », affirme ainsi Bruno Mayeur, responsable des études. « Les étudiants de l'Edhec ont été rassurés par leurs professeurs. Ils n'ont pas de soucis à se faire. » Il poursuit: « Sur les 120 étudiants engagés à suivre la majeure finance, aucun n'a décidé de changer de voie. »

Les profs sont optimistes…

La crise semble s'arrêter aux portes de la célèbre école de la rue du Port. « Je crois, sans vouloir être présomptueux, que les professionnels de la finance, s'ils vont moins embaucher dans les prochains mois, viendront toujours chercher des candidats au sein de l'Edhec », conclut-il. L'école de commerce serait donc un véritable bunker face aux tumultes actuels. Une place forte qui formerait tranquillement les financiers de demain. Bruno Mayeur prévient tout de même que « certains métiers au sein de la finance seront évités par nos étudiants ». Comme le métier de trader par exemple. Les salles de marchés sont en effet les principales victimes de la crise financière mais, « la finance, ce ne sont pas uniquement les salles de marchés », rappelle-t-il. Les étudiants pourraient toujours trouver du travail, moyennant une légère modification de leur projet professionnel.

… tandis que certains élèves préparent déjà un plan B

Les étudiants ne semblent pas partager l'optimisme de leurs professeurs. Camille, 22 ans, est étudiante en troisième année au sein de l'école. Elle s'avoue « contente de ne devoir chercher du travail que dans 18 mois ». Selon elle, les répercussions sur l'ensemble de l'économie se feront sentir tôt ou tard. Elle reste également sceptique face aux discours rassurants des dirigeants. Aurélie, 26 ans et ancienne diplômée de l'Institut d'études politiques de Lille, a choisi la majeure finance et souhaite justement travailler dans les salles de marchés. Après une année d'expérience dans le domaine, elle semble l'une des mieux armées pour y parvenir. Pourtant, la jeune femme décrit une situation sur les marchés « assez catastrophique ». Employée pendant neuf mois au sein de la banque Dexia, aujourd'hui en proie à d'importantes difficultés, Aurélie ne partage pas l'optimisme de ses professeurs. Au point de modifier son plan de carrière. « Je commence maintenant à échafauder un plan B, ce que je n'aurais jamais fait sans la crise », avoue-t-elle. « Je pourrais me reconvertir dans d'autres métiers, ou encore quitter la France pour travailler sur les marchés asiatiques, qui connaissent des difficultés moindres. » Pas d'inquiétudes donc. Les étudiants de l’Edhec échapperont, paraît-il, à la crise. Mais dehors, l'orage gronde toujours.

Lorrain Sénéchal

20/10/2008

Vieux-Lille, la guerre des loyers

« Liquidation totale avant fermeture définitive du magasin » : voilà ce qu’on pouvait lire ce mardi 14 octobre sur la vitrine de la Maison Dhainaut, vendeur indépendant de meubles, rue Esquermoise à Lille. « Mon loyer a été multiplié par trois. Moi je veux bien travailler du lundi matin au samedi soir, mais je veux aussi gagner ma vie », explique madame Sénéchal, gérante du magasin.

Depuis quelques mois, de nombreux commerçants indépendants du Vieux-Lille sont confrontés à une hausse spectaculaire de leurs loyers. Certains, n’étant plus en mesure d’y faire face, ont protesté en baissant leurs rideaux le 20 mai dernier. Depuis, une pétition circule. Gilberto d’Annunzio, gérant de La Bottega dans la rue au Péterinck et chef de file du mouvement, fait le point : « Cette action a surtout permis une visibilité médiatique de notre problème. On a donc été les moteurs d’une prise de conscience. »

Les propriétaires et les investisseurs immobiliers légitiment la hausse des loyers par l’explosion touristique de la ville depuis Lille 2004. Benoît Dantec, directeur de la société immobilière hollandaise VastNed Retail, propriétaire de cinquante-six boutiques dans la ville, se justifie : « Lille est globalement sous-louée par rapport à son potentiel commercial. Notre ambition est aujourd’hui de se mettre aux prix du marché. » C’est ainsi que la Brasserie de Paris a du fermer ses portes le 30 septembre dernier. Cependant, Benoît Dantec précise que «les clients seront contents de pouvoir profiter d’une nouvelle supérette Casino à cet endroit. Ce n’est que la loi de l’offre et de la demande qui s’exerce. On n’y peut rien. »

La disparition des commerces de proximité

Certains commerçants n’acceptent pas cette fatalité et ont choisi l’action en justice. C’est le cas de Sylvain, gérant de La Chaise Longue, rue de la monnaie : « Mon loyer est actuellement de 2100 €, et mon propriétaire veut le faire passer à 6000 €. Il est architecte et vit dans les îles. Il a juste lancé la procédure comme ça, pour essayer. » Aujourd’hui, Sylvain garde espoir : la commission de conciliation, préalable au passage devant le juge, lui a été favorable.

Quant à la mairie, elle apporte un soutien sans précédent à ces commerçants depuis le 20 mai dernier. Une banque de données sur les loyers de la ville et un service juridique sont en cours de création pour les aider à trouver de bons arguments face à la justice. Jacques Mutez, conseiller municipal, délégué au commerce, commente : « Même si la mairie ne dispose que de moyens très limités, on espère mettre tout en œuvre pour permettre aux commerçants indépendants de se battre contre ces gens qui s’enrichissent sans cause. »

Les commerçants du quartier craignent désormais la disparition du commerce de proximité au profit des grandes enseignes. Gilberto d’Annunzio prend l’exemple des concerts et dégustations organisés près de Notre-Dame de la Treille ce dimanche 19 octobre : « Ce genre d’évènements existe grâce aux petits commerçants, c’est pas grâce à SFR ou EDF. C’est ce que les gens doivent comprendre et c’est à ça qu’aura servi notre action. »

 

Damien Deparnay et Anne-Sophie Terral

 
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