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27/11/2008

Bertrand Ducatillion, proxénète et libertin

« J’ai pas le faciès d’un garçon gentil », avoue-t-il lui-même. Veste en cuir noir, pull sombre, larges épaules, visage « buriné » par la nuit, Bertrand Ducatillion a, à première vue, le physique de l’emploi. Propriétaire d’un club libertin à Douai avec sa femme Françoise depuis 2001, il sera jugé le 9 décembre prochain pour « proxénétisme aggravé ». L’arrestation en 2007, il l’assume complètement. « Le jour où j’ai ouvert, je savais que j’allais être arrêté. Je voulais cette arrestation. Je voulais qu’on nous reconnaisse », assure-t-il.

Car derrière l’habit se cache un tout autre moine. L’homme parle bien, maîtrise son sujet et tient un discours plein de recul sur le milieu qui le nourrit. Et surtout, depuis son passage par la case prison où il est resté 50 jours, il veut en faire parler. Fait rare dans un monde plutôt habitué à vivre caché. Dès sa remise en liberté, il a créé un blog et rédigé un mini-mémoire intitulé « Libertinage et proxénétisme ». Un manuscrit pour « arrêter de se voiler la face » et dire la vérité : « Le club libertin, c’est une maison close ».

Selon lui, aucune différence entre libertinage et proxénétisme. Bertrand Ducatillion le dit haut et fort : « J’ai hébergé de la prostitution donc je suis proxénète. » Attention cependant à ne pas employer le terme de « macro ». Dans cette expression réside la nuance et le fond de sa démarche. « Je n’ai aucune plainte. Ils ont auditionnés toutes les filles qui ont travaillé chez moi. Elles sont libertines et consentantes. J’ai gagné de l’argent grâce à elles, mais je n’ai pas pris d’argent sur elles». Il a fini par reverser une partie des recettes aux couples habitués ou « locomotives », qui lui permettaient d’attirer une manne non négligeable d’hommes seuls.

« Le PMU et le Loto ont des règles, alors pourquoi pas le sexe ?»

En avouant cela, le patron dit souhaiter préserver le milieu libertin du système mafieux. « En fermant les yeux, on crée de l’insécurité. Si l’Etat français ne reconnaît pas les clubs libertins, c’est la porte ouverte au gangstérisme ». Et veut donc faire « faire bouger les choses.  « Il faut légaliser», répète ce parisien d’origine qui revendique « un code du travail », « des impôts » et« des contrôles de police ». « On doit pouvoir fouiller dans mes affaires », affirme celui qui se demande finalement s’il est « peut-être un syndicaliste dans (sa) profession. »

À travers sa cause, il ne cherche pas pour autant à se dédouaner. « J’ai pas envie de dire que je suis une victime. J’ai fait trop d’argent au black. Et c’est certainement pour cela que j’ai été en prison. » Et non pas tant pour « la prostitution déguisée. » « Si je suis un véritable proxénète, pourquoi je sors au bout de 50 jours sans caution et sans mon avocat, pourquoi on ne m’a pas scellé mon bâtiment, pourquoi mon juge d’instruction me dit : ‘Rouvrez’». D’abord inquiet, il est « soudeur à 1060€ » pendant trois mois, avant de rouvrir face à l’insistance de sa juge. Mais non sans « peur » et uniquement en strip-tease et sous un autre nom : « Latino ».

Mais à 47 ans, Bertrand Ducatillion connaît assez le milieu pour ne pas se faire d’illusion sur l’issue de son procès. « Je vais payer : soit par une peine de prison, sursis ou ferme, soit par une amende fiscale ». Ni sur celle du débat sur le libertinage. Car d’un côté, « les autres (patrons) veulent simplement l’argent », et de l’autre, « parce que dans les quatre cent clubs libertins, il y a la magistrature, les meilleurs flics de France, les élus… ».

Maxime MARCHON

26/11/2008

« Le discours politique des militants PS est aussi légitime que celui des élus. »

Marc Vasseur, un blogueur, qui souhaite « redonner la parole aux militants », s’est déclaré candidat au poste de Premier secrétaire fédéral, face au sortant et ultra-favori Gilles Pargneaux. Sa candidature vient d’être invalidée par le Fédération socialiste du Nord.

Comment réagissez-vous face à l’invalidation de votre candidature par la Fédération socialiste du Nord ?

Selon la Fédération, je devais justifier de 3 années consécutives d’ancienneté dans le parti pour pouvoir me présenter. Mais c’est un prétexte. Au delà de ça, c'est la parole militante qu'on veut étouffer, celle d'un militant depuis 1993, celle d'un élu socialiste pendant 13 ans, de 1995 à 2008. De plus, il semble probable que je pouvais espérer un score proche des 20%. Ma profession de foi était loin d'être farfelue, pour preuve le pillage par Pargneaux des idées que j'ai pu émettre. Alors non je ne suis pas étonné de cette invalidation, elle ne fait que confirmer ce que je dénonce... Pour autant, j'entends bien rester au PS.

Pourtant en 2001, vous aviez décidé de le quitter suite à une guerre de succession entre Gérard Caudron, alors maire de Villeneuve d’Ascq, et Jean-Michel Stievenard, qui voulait son poste. Comment êtes vous finalement revenu à la politique ?

Après les municipales de 2001, pour moi la politique, c’était fini. Je ne voulais pas revenir au parti tout de suite. La place des élus y est surdéterminée. Les structures datent des années 1930. Il y a les chefs et les sous-chefs qui font leurs affaires, et les militants doivent suivre. Sauf que les militants l’acceptent de moins en moins. On a aujourd’hui suffisamment de sources pour s’informer et défendre un point de vue. Donc on n’a pas besoin d’entendre des élus discourir pendant une heure.

Le phénomène des blogs témoigne de l’émergence d’une parole citoyenne. Mon blog, créé en 2006 pour répondre aux attaques machistes contre Ségolène Royal, est lu chaque jour par 500 personnes. Pour moi, faire un blog, c’est une nouvelle caisse de résonance. C’est surtout grâce à lui que je suis revenu à la politique.

Le succès du blog a été le déclic pour vous présenter ?

Non. C’est plutôt le Congrès de Reims. On est prêt à faire gober n’importe quoi aux militants avec des idées qui ne correspondent pas du tout à la réalité. Je veux qu’on arrête de prendre les militants pour des imbéciles. Ma candidature se plaçait dans un souci de démocratie interne. Le poids des notables parmi les élus devient insupportable, surtout quand on a prétention à représenter toute la diversité de la société française.

Quelle aurait été votre première action si vous aviez été élu le 20 novembre ?

Il faut réunir tous les militants, pour que chacun ait bien conscience de l’état financier de la fédération. Il faut une transparence financière pour que chacun puisse connaître nos possibilités d’action. Il faut ensuite multiplier les débats avec tous les adhérents. Ils doivent savoir que leur discours politique est aussi légitime que celui des élus.

Propos recueillis par Damien Deparnay et Victor Alexandre

Eléctions PS : A Lille, la joie dans la douleur

21 novembre, Lille. Dans la grande salle du siège principal de la « fédé » socialiste lilloise, on attend dans l'inquiétude les résultats du second tour qui doit désigner le futur premier secrétaire du PS : Royal ou Aubry ? A minuit, Patrick Kanner, adjoint au maire, déboule dans la salle, se presse vers les journalistes, et annonce que « Martine est devant ». La joie explose soudain.

Pourtant, l'inquiétude perçait sous l'enthousiasme durant les deux journées précédentes. Jeudi 20 novembre, lors du premier tour, Martine Aubry recevait un accueil chaleureux à la section PS du Vieux-Lille. Un bouquet de rose entre les mains, la maire de Lille faisait la bise à tous les socialistes présents dans la salle, avant d'aller voter. Devant les caméras, elle se déclare alors « très confiante », prête à ce que « tous les socialistes se rassemblent dès lundi pour défendre la justice et la solidarité ». A 18h30, après avoir passé quinze minutes dans la section, elle retourne à la mairie, emportant avec elle toute l'excitation que sa venue a suscité. Les quelques militants présents se retirent également, après avoir glissé leur bulletin dans l'urne. Plus tard, au siège de la fédération du Nord, rue Lydéric, on trouve peu de monde. L'inquiétude va croissant à mesure que s'invite une ribambelle de chiffres tous contradictoires. Martine Aubry ne serait pas en tête. Le report des voix Delanoë a été mauvais. Quand, vers minuit, les résultats tombent, qualifiant Aubry pour le second tour face à Ségolène Royal, le soulagement se lit sur tous les visages. Ou presque. Cathy* est adhérente au PS depuis mai 2002. Ce soir, elle espérait Hamon. « Je dois être la seule ici à ne pas supporter Aubry. Je suis un peu déçue, mais je suivrai la consigne de vote : probablement pas Royal. »

Des lendemains qui déchantent ?

Le lendemain, minuit et demie. A l'annonce des résultats du second tour, c'est la liesse. « Martine Aubry est la nouvelle première secrétaire du PS », déclare Gilles Pargneaux, président de la puissante fédération socialiste du Nord. L'Internationale raisonne dans tous les couloirs. Tonnerre d'applaudissements. Il faut dire que, dans le Nord, la maire de Lille a fait le plein des voix. 75 % des militants l'ont préféré à sa rivale, selon les derniers chiffres officiels. Et ce soir, malgré l'heure avancée, ils donnent de la voix : « Martine! Martine! », « On a gagné! On a gagné! » Les embrassades pleuvent, les rires fusent.

Mais au delà de la joie, les 42 minuscules voix d'écarts entre les deux candidates sont dans tous les esprits. « Ça semble très serré, confirme Malick*, un jeune militant, mais l'essentiel, c'est la victoire des socialistes. » Peu après, les militants commencent à quitter la salle. En riant, en s'embrassant toujours. Un verre de beaujolais à la main. Une cigarette dans l'autre. Ils ont l'air fatigué de tant d'attente et de stress. Ils pensent probablement déjà à la semaine guerrière qui suivra cette explosion de bonheur.

Martine Aubry, la maire de Lille, peut compter sur le soutien pratiquement inconditionnel des militants socialistes de la région. Mais cette faible avance sur Ségolène Royal n'a pas permis de dégager une majorité claire. Depuis, les deux femmes s'affrontent dans un combat médiatique et juridique qui devrait être tranché en début de semaine par le conseil national du parti. La victoire reviendra probablement à l'UMP.

* Les prénoms ont été modifiés.

Lorrain Sénéchal

 
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