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20/10/2008

Vieux-Lille, la guerre des loyers

« Liquidation totale avant fermeture définitive du magasin » : voilà ce qu’on pouvait lire ce mardi 14 octobre sur la vitrine de la Maison Dhainaut, vendeur indépendant de meubles, rue Esquermoise à Lille. « Mon loyer a été multiplié par trois. Moi je veux bien travailler du lundi matin au samedi soir, mais je veux aussi gagner ma vie », explique madame Sénéchal, gérante du magasin.

Depuis quelques mois, de nombreux commerçants indépendants du Vieux-Lille sont confrontés à une hausse spectaculaire de leurs loyers. Certains, n’étant plus en mesure d’y faire face, ont protesté en baissant leurs rideaux le 20 mai dernier. Depuis, une pétition circule. Gilberto d’Annunzio, gérant de La Bottega dans la rue au Péterinck et chef de file du mouvement, fait le point : « Cette action a surtout permis une visibilité médiatique de notre problème. On a donc été les moteurs d’une prise de conscience. »

Les propriétaires et les investisseurs immobiliers légitiment la hausse des loyers par l’explosion touristique de la ville depuis Lille 2004. Benoît Dantec, directeur de la société immobilière hollandaise VastNed Retail, propriétaire de cinquante-six boutiques dans la ville, se justifie : « Lille est globalement sous-louée par rapport à son potentiel commercial. Notre ambition est aujourd’hui de se mettre aux prix du marché. » C’est ainsi que la Brasserie de Paris a du fermer ses portes le 30 septembre dernier. Cependant, Benoît Dantec précise que «les clients seront contents de pouvoir profiter d’une nouvelle supérette Casino à cet endroit. Ce n’est que la loi de l’offre et de la demande qui s’exerce. On n’y peut rien. »

La disparition des commerces de proximité

Certains commerçants n’acceptent pas cette fatalité et ont choisi l’action en justice. C’est le cas de Sylvain, gérant de La Chaise Longue, rue de la monnaie : « Mon loyer est actuellement de 2100 €, et mon propriétaire veut le faire passer à 6000 €. Il est architecte et vit dans les îles. Il a juste lancé la procédure comme ça, pour essayer. » Aujourd’hui, Sylvain garde espoir : la commission de conciliation, préalable au passage devant le juge, lui a été favorable.

Quant à la mairie, elle apporte un soutien sans précédent à ces commerçants depuis le 20 mai dernier. Une banque de données sur les loyers de la ville et un service juridique sont en cours de création pour les aider à trouver de bons arguments face à la justice. Jacques Mutez, conseiller municipal, délégué au commerce, commente : « Même si la mairie ne dispose que de moyens très limités, on espère mettre tout en œuvre pour permettre aux commerçants indépendants de se battre contre ces gens qui s’enrichissent sans cause. »

Les commerçants du quartier craignent désormais la disparition du commerce de proximité au profit des grandes enseignes. Gilberto d’Annunzio prend l’exemple des concerts et dégustations organisés près de Notre-Dame de la Treille ce dimanche 19 octobre : « Ce genre d’évènements existe grâce aux petits commerçants, c’est pas grâce à SFR ou EDF. C’est ce que les gens doivent comprendre et c’est à ça qu’aura servi notre action. »

 

Damien Deparnay et Anne-Sophie Terral

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